Né Bertrand de Got dans la Guyenne gasconne, Clément V devient pape en 1305 après avoir été évêque de Comminges puis archevêque de Bordeaux. Son nom demeure attaché au premier temps avignonnais, au concile de Vienne, à la pression de Philippe le Bel et à la suppression de l’ordre du Temple : un pontificat où la géographie du pouvoir se déplace de Rome vers le Midi de la France.
« Clément V ne fut pas seulement un pape loin de Rome : il fut le signe d’un basculement, lorsque la tiare, les rois, les banques, les procès et les provinces du Midi se mirent à redessiner l’Europe chrétienne. »— Évocation SpotRegio
Clément V naît sous le nom de Bertrand de Got vers 1264, dans une famille seigneuriale de Guyenne, autour de Villandraut et d’Uzeste. Ce monde gascon est alors un territoire de seuil : culturellement français, juridiquement pris dans les tensions de l’Aquitaine anglaise, et profondément lié aux réseaux ecclésiastiques de Bordeaux, Bazas, Agen et Toulouse.
Formé aux arts, au droit canon et au droit civil, il appartient à cette génération de prélats qui gouvernent par les textes autant que par les cérémonies. Avant la tiare, Bertrand de Got est un homme d’Église du Sud-Ouest, familier des chapitres, des chancelleries et des arbitrages qui opposent rois, évêques, familles nobles et villes marchandes.
Sa carrière s’élève rapidement : évêque de Comminges en 1295, puis archevêque de Bordeaux en 1299. Cette dignité bordelaise est essentielle, car elle le place dans une position diplomatique délicate, entre la monarchie capétienne, les intérêts anglais en Aquitaine et la puissance spirituelle de Rome.
Le 5 juin 1305, après un long conclave à Pérouse, Bertrand de Got est élu pape. Il prend le nom de Clément V. Son couronnement à Lyon, le 14 novembre 1305, se déroule en présence de Philippe IV le Bel et marque déjà la proximité contrainte entre la papauté et le pouvoir royal français.
Clément V ne rejoint pas Rome. Il demeure itinérant dans le Midi, séjourne à Bordeaux, Poitiers, Toulouse, Carpentras, Malaucène, Monteux, Avignon et dans le Comtat Venaissin. En 1309, l’installation de la cour pontificale près d’Avignon ouvre le temps que la mémoire appellera la papauté d’Avignon, même si lui-même ne bâtit pas encore le palais monumental des successeurs.
Son pontificat est dominé par l’affaire des Templiers. Entre arrestations, interrogatoires, résistances de procédure, pressions royales et concile de Vienne, Clément V se trouve placé au cœur d’un drame européen où s’affrontent la justice pontificale, la raison d’État capétienne et la puissance financière d’un ordre militaire religieux devenu encombrant.
Malade, affaibli, souvent jugé hésitant, Clément V meurt le 20 avril 1314 à Roquemaure, sur les bords du Rhône, alors qu’il espérait rejoindre ses terres gasconnes. Son tombeau est lié à Uzeste, près de son pays natal, comme si ce pape de l’Europe entière retrouvait finalement le silence de la Guyenne.
Bertrand de Got appartient à une famille noble gasconne dont l’ascension accompagne la puissance des charges ecclésiastiques. Son père est généralement identifié comme Béraud de Got, seigneur de Villandraut, et sa mère comme Ide de Blanquefort. Autour de lui se dessine un réseau familial très présent dans les bénéfices, les charges et les fidélités du pontificat.
Cette origine n’est pas anecdotique. La Guyenne du XIIIe siècle finissant est un espace de frontière politique : les rois d’Angleterre y exercent encore des droits considérables, tandis que la monarchie française cherche à affermir son emprise. Devenir archevêque de Bordeaux, dans ce contexte, signifie vivre au centre d’un échiquier diplomatique.
Clément V n’est ni un moine retiré ni un souverain de conquête. C’est un prélat juriste, un administrateur de réseaux, un homme de chancellerie et de conciliation. Ses décisions donnent souvent l’impression d’une prudence extrême, parfois d’une faiblesse, mais elles naissent d’un monde où chaque geste peut déclencher une crise entre Rome, Paris, Londres et les princes italiens.
Il faut aussi évoquer sans faux romanesque la question de ses amours. Aucune épouse, aucune favorite et aucune liaison solidement attestée ne relèvent de la biographie documentée de Clément V. Son état ecclésiastique, son rang de prélat puis de pape, et la nature des sources connues ne permettent pas de lui attribuer une vie amoureuse comparable à celle des princes laïcs.
Cette absence d’amours connues ne signifie pas absence d’attachements. Les textes montrent surtout ses fidélités familiales, ses compatriotes gascons, ses neveux, ses proches et ses créatures curiales. Sa tendresse politique va d’abord à son lignage et à sa terre d’origine, au point que la mémoire a longtemps retenu son népotisme autant que son œuvre.
Les châteaux dits clémentins, notamment Villandraut, Budos, Fargues, Roquetaillade ou Duras, prolongent cette présence familiale dans la pierre. À travers eux, Clément V apparaît comme un pape qui ne rompt jamais tout à fait avec son pays, même lorsque son autorité s’exerce sur l’Église universelle.
La postérité l’a souvent résumé en pape soumis à Philippe le Bel. Cette image est trop simple. Clément V négocie, temporise, cède, résiste parfois, puis recule. Il incarne un moment où le prestige spirituel de Rome demeure immense, mais où les monarchies territoriales disposent désormais d’outils politiques redoutables.
Le pontificat de Clément V commence dans une Europe fatiguée par les affrontements entre Boniface VIII et Philippe le Bel. L’élection d’un archevêque de Bordeaux, extérieur au collège des cardinaux, répond au besoin d’un compromis. Mais ce compromis porte en lui une fragilité : le nouveau pape doit réconcilier des factions romaines, des cardinaux divisés et un roi de France sûr de sa force.
Le refus de rejoindre Rome est l’un des gestes les plus lourds de conséquences. Les raisons sont multiples : insécurité italienne, santé fragile, conflits politiques, commodité administrative, proximité du royaume de France et du Comtat Venaissin. Ce choix ne crée pas encore une capitale pontificale au sens plein, mais il installe durablement la curie dans l’orbite rhodanienne.
Avignon n’appartient pas alors directement au pape ; la ville relève du comte de Provence, tandis que le Comtat Venaissin est pontifical. Cette nuance est importante : Clément V séjourne dans un espace voisin de la cité, mobile, provisoire, mais déjà assez stable pour déplacer le centre de gravité de la chrétienté latine.
L’affaire des Templiers domine les années 1307-1314. L’ordre, arrêté dans le royaume de France sur ordre de Philippe le Bel, est accusé d’hérésie, de pratiques scandaleuses et de corruption. Clément V hésite à laisser le roi disposer seul d’un ordre qui dépend directement du pape, mais il ne parvient pas à reprendre totalement le contrôle du dossier.
Le concile de Vienne, réuni de 1311 à 1312, devient le théâtre de cette tension. La suppression de l’ordre du Temple est prononcée par mesure administrative, sans que la culpabilité collective soit jugée de manière claire. Cette ambiguïté explique la force tragique de l’épisode et la mémoire durable de Jacques de Molay.
Le pontificat ne se réduit pourtant pas aux Templiers. Clément V s’intéresse aux missions, aux langues orientales, aux universités, aux décrétales, à la croisade et au gouvernement de l’Église. Il encourage un christianisme savant, diplomatique, capable de dialoguer avec les mondes juifs, musulmans et orientaux, même si les projets militaires de croisade restent largement inaboutis.
Son règne est donc un paradoxe. Clément V ouvre une période capitale de l’histoire pontificale, mais il la subit autant qu’il la fonde. Il est l’homme d’un déplacement immense, d’une justice incertaine et d’une papauté qui apprend à composer avec la montée des États.
La Guyenne est la terre première de Clément V. Villandraut, Uzeste, Bordeaux, Bazas, Langon et le sud de l’actuelle Gironde forment le socle sensible de son histoire. C’est là que se trouvent son lignage, ses fidélités, ses constructions familiales et une partie de sa mémoire funéraire.
Le Bordelais donne à Bertrand de Got son grand poste avant la tiare. Comme archevêque de Bordeaux, il vit dans une province où les frontières de souveraineté sont instables. Cette situation le prépare à une diplomatie de l’entre-deux, qui deviendra l’une des marques de son pontificat.
Le Comminges représente l’étape pastorale et épiscopale. Saint-Bertrand-de-Comminges, avec sa cathédrale, rappelle que Clément V ne vient pas seulement des palais : il est aussi un évêque du piémont pyrénéen, habitué aux territoires méridionaux, aux seigneuries locales et aux longues continuités spirituelles du Sud.
Lyon est le lieu du couronnement et du premier grand théâtre symbolique. La présence de Philippe le Bel, l’affluence, l’accident mortel qui frappe Jean II de Bretagne, et la solennité de la cérémonie donnent à l’entrée dans le pontificat une couleur à la fois fastueuse et funèbre.
Poitiers et le royaume de France sont les lieux de la négociation. C’est dans cette France capétienne très administrée que se joue une partie de l’affaire du Temple. Le pape y rencontre les contraintes d’un pouvoir royal qui sait produire des dossiers, des accusations, des serments et une pression continue.
Avignon, Carpentras, Monteux, Malaucène et le Comtat Venaissin dessinent la géographie du basculement. Le Rhône, la Provence, le Comtat et les routes italiennes forment un espace plus commode que Rome pour une curie malade de ses conflits. C’est un choix provisoire devenu tournant historique.
Vienne, enfin, est le lieu du concile et de la décision irréversible. Entre Dauphiné, royaume et Empire, la ville accueille l’assemblée où se referme l’histoire officielle de l’ordre du Temple. Pour SpotRegio, Clément V est ainsi un personnage qui relie le Sud-Ouest gascon, les Pyrénées, la vallée du Rhône et l’Europe entière.
Clément V est un personnage puissant pour raconter les anciennes provinces parce que son histoire n’est jamais uniquement romaine. Elle part de la Guyenne, passe par le Comminges et Bordeaux, traverse Lyon et Poitiers, puis s’installe dans la vallée du Rhône. Son pontificat est une carte en mouvement.
Il incarne la transformation d’un pouvoir spirituel en pouvoir administratif territorial. Autour de lui, la papauté cesse d’être seulement associée à Rome pour devenir une curie mobile, dotée d’archives, de finances, de légats, de chancelleries, de réseaux bancaires et d’un rapport nouveau aux monarchies.
Sa mémoire gasconne est particulièrement intéressante. Les châteaux clémentins disent l’enracinement d’un pape dans son lignage, ses proches et son pays. Villandraut ou Uzeste ne sont pas de simples points de naissance et de sépulture : ce sont les lieux où l’universel revient au local.
Le récit de Clément V permet aussi de montrer la violence du début du XIVe siècle. Les procès politiques, l’affaire d’Anagni, les accusations contre les Templiers, la montée des légistes et la force de Philippe le Bel composent un monde où le droit peut devenir une arme.
Le pape apparaît ainsi dans une lumière nuancée. Il n’est ni un monstre ni un saint de vitrail. Il est un homme malade, prudent, très entouré par sa famille, parfois faible, mais placé devant des forces historiques immenses. Cette complexité donne à sa page une grande densité humaine.
Pour SpotRegio, Clément V relie les territoires aux grands basculements européens. En suivant ses traces, on comprend comment une petite patrie gasconne peut toucher l’histoire de l’Église, des rois de France, des Templiers, de l’Empire, des croisades et de la mémoire avignonnaise.
Villandraut, Uzeste, Bordeaux, Saint-Bertrand-de-Comminges, Lyon, Poitiers, Avignon, Carpentras, Vienne et Roquemaure composent la carte d’un pape gascon dont le pontificat déplaça durablement le centre de gravité de l’Église latine.
Explorer la Guyenne →Ainsi demeure Clément V, pape de seuils et de pressions, né dans la Guyenne des seigneurs, couronné sous le regard de Philippe le Bel, entraîné par la tragédie du Temple et retenu par le Rhône : une figure inquiète, capitale, où la petite patrie gasconne rencontre l’histoire immense de la chrétienté médiévale.