Né au manoir de la Motte à Bazoches-au-Houlme, dans l’Orne, Rémy de Gourmont devient l’une des intelligences les plus libres de la fin du XIXe siècle. Poète, romancier, critique, essayiste, bibliothécaire, collaborateur du Mercure de France, proche des symbolistes, il pratique une pensée de déliaison : dissocier les idées reçues, retrouver la nuance, défaire les dogmes et écrire contre les automatismes de son temps.
« Chez Rémy de Gourmont, penser consiste à dénouer : séparer les mots des slogans, les idées des clichés, la liberté intérieure des grands enthousiasmes mécaniques. »>— Évocation SpotRegio
Rémy de Gourmont naît le 4 avril 1858 au manoir de la Motte, à Bazoches-au-Houlme, près d’Argentan, dans l’Orne. La BnF indique précisément sa naissance à Bazoches-au-Houlme et sa mort à Paris, dans le 15e arrondissement, le 27 septembre 1915. Issu d’une ancienne famille normande, il garde toute sa vie un lien d’origine avec la Normandie intérieure et le Cotentin familial. citeturn551659search6turn551659search0
En 1866, sa famille s’installe au manoir du Mesnil-Villeman, près de Villedieu-les-Poêles, dans la Manche. Il est ensuite interne au lycée de Coutances de 1868 à 1876, puis part à Caen pour étudier le droit. Cette géographie normande, entre Orne, Manche et Calvados, donne à son itinéraire une base provinciale très nette avant l’entrée dans Paris. citeturn551659search0turn551659search3
Installé à Paris à partir de 1879, il obtient un poste d’attaché à la Bibliothèque nationale. Ce lieu est décisif : il y travaille, y lit, y rencontre des écrivains, notamment Villiers de l’Isle-Adam, et se forme à une érudition immense. Sa vie intellectuelle s’enracine dans les livres, les revues, les bibliothèques et les réseaux symbolistes.
Il publie d’abord des ouvrages de vulgarisation et des textes historiques ou géographiques, puis s’affirme comme romancier et critique. Sixtine, publié en 1890, porte l’empreinte du symbolisme et de la figure de Berthe de Courrière. Le Latin mystique, en 1892, montre sa passion pour les langues, les textes oubliés, les marges du canon et les formes anciennes de la littérature.
En 1891, l’article « Le Joujou patriotisme », publié dans le Mercure de France, provoque un scandale. Son ton anti-chauvin et antimilitariste lui vaut d’être révoqué de la Bibliothèque nationale. Cette rupture l’installe définitivement dans une position d’écrivain libre, marginal, indépendant, mais aussi blessé par l’exclusion institutionnelle. citeturn551659search0turn551659search1
À partir des années 1890, il devient l’un des piliers du Mercure de France, écrit des essais, des chroniques, des portraits, dirige La Revue des idées, collabore à L’Ymagier avec Alfred Jarry, puis construit une œuvre d’essayiste considérable. Malade, marqué par un lupus qui le rend partiellement reclus, il meurt à Paris le 27 septembre 1915, laissant une œuvre multiple, parfois oubliée, mais capitale pour comprendre la fin-de-siècle littéraire.
Rémy de Gourmont appartient à cette génération d’écrivains pour qui la revue devient un véritable territoire. Le livre compte, bien sûr, mais la revue — le Mercure de France, les journaux, les petites publications symbolistes — permet la circulation rapide des idées, des portraits, des polémiques et des esthétiques nouvelles.
Son aristocratie normande d’origine ne se transforme pas chez lui en nostalgie sociale. Elle donne plutôt une distance : Gourmont regarde les modes, les institutions, la presse, le patriotisme, les dogmes littéraires, les emballements collectifs avec une ironie de solitaire. Il refuse les appartenances trop faciles.
Son œuvre critique est aussi une œuvre de reconnaissance. Le Livre des masques, publié au Mercure de France en 1896 et plusieurs fois réédité la même année, rassemble des portraits symbolistes qui contribuent à fixer la physionomie littéraire d’une époque. citeturn551659search4turn551659search7
Gourmont n’est pas seulement un témoin du symbolisme : il en est l’un des grands opérateurs critiques. Il lit, classe, nuance, découvre, compare. Il fait apparaître des écrivains, en défend d’autres, refuse les hiérarchies scolaires et remonte dans l’histoire littéraire pour ressaisir des formes oubliées.
Son corps malade compte aussi dans sa légende. Le lupus l’écarte des sociabilités ordinaires, le rend plus retiré, plus spectral, mais ne l’empêche pas d’exercer une influence considérable dans le monde des lettres. La solitude devient chez lui une méthode de regard.
Sixtine, publié en 1890, est l’un de ses romans les plus emblématiques. Roman cérébral, symboliste, introspectif, il met en jeu le désir, l’imagination, l’analyse et la figure féminine inspirée par Berthe de Courrière. Le livre appartient pleinement à la sensibilité fin-de-siècle : plus proche du laboratoire mental que du roman réaliste traditionnel.
Le Latin mystique, publié en 1892, révèle une autre facette : l’érudit des textes religieux et médiévaux, attentif aux formes anciennes, aux langues, aux symboles et aux marges de la littérature officielle. Gourmont s’intéresse à ce que l’histoire littéraire dominante laisse dans l’ombre.
Le Livre des masques, paru en 1896 au Mercure de France, demeure une œuvre majeure de critique symboliste. Avec ses portraits d’écrivains et ses « masques », il propose une cartographie littéraire du temps, non pas froide et scolaire, mais personnelle, stylisée et presque iconographique. citeturn551659search4turn551659search7
Sa notion la plus célèbre est sans doute la « dissociation d’idées ». Gourmont veut défaire les associations toutes faites, les clichés, les amalgames qui transforment une idée partiellement juste en erreur collective. Penser, c’est séparer ; critiquer, c’est rendre aux mots et aux idées leur mobilité. citeturn551659search0
Son œuvre d’essayiste, de chroniqueur et de critique est immense : Le Problème du style, La Culture des idées, Physique de l’amour, les Promenades littéraires, les Promenades philosophiques. À travers ces textes, Gourmont devient l’un des grands stylistes de l’intelligence libre, sceptique, sensuelle et anti-dogmatique.
Le territoire de Rémy de Gourmont commence à Bazoches-au-Houlme, dans l’Orne. Ce lieu natal, près d’Argentan, donne l’ancrage premier : un manoir, une famille normande, une province ancienne, loin du tumulte parisien qui fera ensuite sa carrière.
La Manche compte aussi fortement. Le Mesnil-Villeman, près de Villedieu-les-Poêles, puis le lycée de Coutances, inscrivent l’enfance et l’adolescence dans une Normandie plus occidentale, proche du Cotentin familial. Gourmont est donc normand à plusieurs niveaux : Orne, Manche, mémoire familiale et culture provinciale.
Caen représente l’étape universitaire : le droit, les années d’études, l’entrée dans une formation classique qui précède Paris. C’est une transition entre la province familiale et le monde des revues, des bibliothèques et des avant-gardes littéraires.
Paris est le grand territoire de l’œuvre : Bibliothèque nationale, Mercure de France, rue de Condé, cafés, revues, polémiques, symbolistes, Jarry, Huysmans, Mallarmé, Berthe de Courrière, Natalie Barney. C’est là que l’écrivain devient une conscience critique de la fin-de-siècle.
Dans l’univers SpotRegio, il est juste de l’ancrer en Normandie, tout en ouvrant vers Paris. Rémy de Gourmont est un écrivain né d’une province ancienne, mais dont la vraie patrie intellectuelle fut la revue, la bibliothèque et la phrase critique.
Orne, Manche, Caen, Bibliothèque nationale, Mercure de France et Paris symboliste : explorez les lieux où Rémy de Gourmont a fait de la critique, de la nuance et de la dissociation d’idées une aventure intellectuelle.
Explorer la Normandie →Ainsi demeure Rémy de Gourmont, écrivain normand devenu conscience critique de la fin-de-siècle, dont l’œuvre défait les idées reçues pour rendre à la littérature sa liberté, sa sensualité et sa puissance de discernement.