Personnage historique • Histoire ancienne

Paul Veyne

1930–2022
L’historien de Rome qui a refusé les routines de l’histoire

Né à Aix-en-Provence, devenu professeur au Collège de France, lecteur de Rome, des Grecs, du christianisme ancien et de Foucault, Paul Veyne a incarné une manière d’écrire l’histoire à la fois savante, libre, littéraire et iconoclaste. Entre Aix, Paris et le Ventoux, son œuvre a déplacé les façons de penser l’Antiquité et le métier d’historien.

« Chez Paul Veyne, l’érudition n’est jamais pesante : elle devient un art de l’étonnement, du paradoxe et de la liberté critique face aux évidences du métier d’historien. » — Évocation SpotRegio

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D’Aix-en-Provence au Collège de France

Paul-Marie Veyne naît à Aix-en-Provence le 13 juin 1930. Il racontait volontiers que sa vocation pour l’Antiquité n’était pas née d’un humanisme de salon, mais d’un choc d’enfance : la découverte fortuite d’un fragment d’amphore près de Cavaillon. Ce hasard méridional compte beaucoup, car il dit déjà quelque chose de son rapport aux savoirs : une curiosité vive, concrète, anti-solennelle.

Après des études brillantes qui le conduisent à l’École normale supérieure, puis à l’École française de Rome, il entre dans le monde universitaire en passant par la Sorbonne. Sa carrière s’enracine ensuite durablement à Aix-en-Provence, avant qu’il ne soit élu au Collège de France en 1975 à la chaire d’Histoire de Rome.

Cette double appartenance, aixoise et parisienne, est importante. Aix lui donne un tempérament, un rapport sensible à l’Antiquité et une fidélité provençale. Paris lui donne la grande scène intellectuelle, l’institution la plus prestigieuse, et la possibilité de rayonner très largement dans les sciences humaines.

Spécialiste de Rome antique, Veyne n’est pourtant jamais seulement un savant de dossier. Il devient une voix singulière dans l’histoire française grâce à Comment on écrit l’histoire, aux Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, à Le pain et le cirque, à ses travaux sur le christianisme antique et à son livre sur Michel Foucault. Son œuvre touche donc à la fois l’Antiquité, l’épistémologie de l’histoire et l’histoire des idées.

À la fin de sa vie, il reste une figure très reconnue, autant pour l’étendue de son savoir que pour son ton inclassable. Il meurt à Bédoin, dans le Vaucluse, le 29 septembre 2022, comme si la Provence, après Paris et les institutions, devait redevenir le dernier horizon de sa trajectoire.

Un intellectuel indocile dans le paysage français

Paul Veyne occupe une place singulière dans l’intelligentsia française de la seconde moitié du XXe siècle. Normalien, agrégé, membre de l’École française de Rome, professeur au Collège de France : tout pourrait le faire entrer dans la figure classique du grand mandarin républicain. Mais il n’en a jamais eu le ton ni la posture.

Son œuvre se distingue par une liberté peu commune. Veyne aime le paradoxe, se méfie des catéchismes intellectuels, refuse les grands systèmes fermés et préfère souvent l’éclat d’une intuition juste à la sécurité d’un vocabulaire convenu. Il est savant, mais il n’aime ni la pompe ni l’obéissance de métier.

Cela explique aussi sa proximité, au moins partielle, avec Michel Foucault. Veyne a vu dans la pensée foucaldienne une manière de secouer la routine des sciences humaines. Il n’est pas un disciple au sens servile, mais un lecteur profondément accordé à l’idée qu’il faut historiciser les évidences et rompre avec les catégories trop stables.

Dans le monde français des historiens, il représente ainsi une lignée à part : celle des érudits littéraires, des anti-doctrinaires, des lecteurs du passé qui ne se satisfont ni du récit traditionnel, ni de la théorie pure. Il déplace l’histoire par le style autant que par les idées.

C’est pourquoi il fut à la fois très admiré, parfois contesté, mais rarement ignoré. Sa pensée était de celles qui obligent à réagir.

Rome, l’histoire, les mythes, le christianisme

L’œuvre de Paul Veyne s’organise autour de plusieurs foyers. D’abord Rome, omniprésente. Non pas une Rome réduite aux institutions ou aux batailles, mais une Rome comme monde social, politique, symbolique, familier et pourtant étrange. Le pain et le cirque en reste un sommet, tant par son ampleur que par sa capacité à faire revivre la logique civique romaine.

Ensuite, la réflexion sur le métier d’historien lui-même. Avec Comment on écrit l’histoire, Veyne propose bien plus qu’un manuel : il interroge la nature même de l’histoire, ses procédures, ses récits, ses angles morts et ses illusions. Ce livre a durablement marqué plusieurs générations de lecteurs bien au-delà des seuls antiquisants.

Un autre versant majeur est sa réflexion sur les croyances, les mythes et le christianisme ancien. Veyne a su montrer qu’il fallait prendre les croyances au sérieux sans pour autant les rabattre sur une crédulité naïve. Il s’est également interrogé sur le moment où le monde romain devient chrétien, sans simplifier ni la transition ni ses enjeux.

Enfin, son œuvre possède une tonalité très personnelle. Elle n’est jamais purement technique. On y entend une voix, un style, une manière de déplacer les évidences. Veyne écrit comme un historien qui n’oublie jamais qu’un texte doit d’abord faire penser.

Cette qualité explique la longévité de son influence : ses livres restent discutés, relus, cités, parce qu’ils ont déplacé les questions plus encore qu’ils n’ont apporté des réponses définitives.

Aix pour la source, Paris pour le rayonnement, Bédoin pour le dernier paysage

Le territoire de Paul Veyne se déploie avec une belle lisibilité. Aix-en-Provence d’abord, pour la naissance, l’enfance, la première carrière universitaire et un rapport sensible à l’Antiquité méditerranéenne. Paris ensuite, pour le Collège de France, l’autorité intellectuelle et la grande scène des idées.

Mais il faut aussi faire une place au Vaucluse, et particulièrement à Bédoin, où il meurt en 2022. Cette présence finale au pied du Ventoux n’est pas un simple détail biographique. Elle rappelle que Veyne reste jusqu’au bout lié à la Provence, à ses paysages, à sa lumière et à cette part méridionale de son intelligence.

Dans l’univers SpotRegio, il est donc particulièrement juste de l’ancrer du côté de la Provence aixoise, tout en ménageant une ouverture forte vers Paris. Peu d’historiens français auront à ce point tenu ensemble la province d’origine et la centralité institutionnelle sans se laisser absorber tout entiers par cette dernière.

Lieux d’âme et de mémoire

Destins croisés

Découvrez les terres de Paul Veyne, entre Aix, Rome, Paris et le Ventoux

Aix-en-Provence, le Collège de France, Rome, Bédoin : explorez les lieux où Paul Veyne a pensé l’Antiquité, déplacé l’histoire et incarné une liberté intellectuelle rare.

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Ainsi demeure Paul Veyne, historien né à Aix et mort à Bédoin, dont l’œuvre a appris à lire Rome, les mythes, le christianisme et le métier d’historien avec une liberté d’esprit qui continue d’éclairer le présent.