Entre la forêt de Tronçais — la plus belle chênaie d'Europe — et le bassin industriel de Commentry, le Bocage Bourbonnais déploie ses haies vives, ses prairies humides et ses vallées encaissées dans un paysage d'une authenticité et d'une beauté discrètes, l'un des territoires les plus préservés du cœur de la France.
Le Bocage Bourbonnais occupe la partie occidentale et centrale du département de l'Allier, entre la Limagne à l'est et les confins du Berry et de l'Auvergne au nord et à l'ouest. Ce pays de bocage, de prairies humides et de forêts est traversé par de nombreuses rivières — la Besbre, le Cher, la Bouble — qui creusent des vallées encaissées dans le socle granitique et cristallin. Deux entités distinctes le composent : le Pays de Tronçais, dominé par la forêt domaniale, et le Pays de Commentry, marqué par l'histoire industrielle et minière.
Le Pays de Tronçais est dominé par la forêt domaniale de Tronçais, considérée comme la plus belle chênaie d'Europe. Ce massif de 10 600 hectares de chênes sessiles plantés sous Colbert au XVIIe siècle pour assurer la construction navale de la marine royale est un chef-d'œuvre de sylviculture. Ses futaies de chênes tricentenaires, ses étangs et ses allées forestières composent un paysage d'une beauté et d'une sérénité incomparables. Saint-Bonnet-Tronçais, Cérilly et Ainay-le-Château sont les principales localités de ce pays forestier.
La forêt de Tronçais abrite une faune exceptionnelle : cerfs, chevreuils, sangliers, loutres et de nombreuses espèces d'oiseaux forestiers. Les étangs de Tronçais, de Pirot et de Saint-Bonnet sont des hauts lieux de la pêche sportive et de la promenade. Le bocage qui entoure la forêt, avec ses haies de chênes et de charmes, ses prairies humides et ses mares, est l'un des derniers bocages préservés du Bourbonnais.
Le Pays de Commentry est le berceau de l'industrie bourbonnaise. Commentry, ville ouvrière et minière, fut l'un des premiers bassins houillers de France. Ses mines de charbon, exploitées dès le XVIe siècle, alimentèrent les forges et les usines métallurgiques du Bourbonnais jusqu'au XXe siècle. La ville de Commentry fut aussi un foyer du mouvement ouvrier français : c'est là que fut élu en 1892 le premier conseil municipal socialiste de France, sous la conduite de l'ingénieur et syndicaliste Christophe Thivrier.
Aujourd'hui, le Pays de Commentry a reconverti son économie vers les services et l'industrie légère, tout en préservant la mémoire de son passé minier dans le musée de la Mine. Le bocage qui entoure Commentry, avec ses haies vives, ses étangs et ses prairies, contraste avec le paysage industriel de la ville et rappelle l'identité profondément rurale du Bocage Bourbonnais.
Le Bocage Bourbonnais s'étend sur la partie occidentale du département de l'Allier, entre Montluçon au sud, Moulins au nord-est et la frontière avec le Cher et la Creuse à l'ouest. Le territoire est caractérisé par un relief de collines douces, de vallées encaissées et de plateaux granitiques. La Besbre, le Cher, la Bouble et leurs affluents drainent ce territoire vers la Loire. Les étangs sont nombreux, héritage des défrichements médiévaux et des aménagements hydrauliques des moines cisterciens.
Le bocage bourbonnais est l'un des derniers bocages préservés du Massif central. Ses haies de chênes pédonculés et de charmes, ses prairies humides et ses mares abritent une biodiversité exceptionnelle. La forêt de Tronçais, au nord-ouest du territoire, est le joyau de ce paysage bocager. Cérilly, Saint-Bonnet-Tronçais, Ainay-le-Château, Commentry et Montmarault sont les principales localités du Bocage Bourbonnais.
Le Bocage Bourbonnais fut, dès l'Antiquité, un territoire de forêts et de marais peu peuplé. Les Bituriges Cubes, peuple gaulois dont Bourges était la capitale, contrôlaient ces forêts avant la conquête romaine. Les voies romaines qui traversaient le Bourbonnais évitaient les zones les plus boisées du bocage, préférant les plaines de la Limagne. Le christianisme pénétra tardivement dans ces forêts, et les premiers monastères — Souvigny, Menat — furent fondés aux confins du bocage et de la Limagne.
Au Moyen Âge, le bocage fut défriché progressivement par les moines cisterciens et les seigneurs locaux. Les abbayes de Menat et de Bellaigue jouèrent un rôle important dans la mise en valeur des terres bocagères. Les seigneurs de Bourbon, qui régnaient sur l'ensemble du Bourbonnais depuis Moulins, accordèrent des chartes de franchise aux villages bocagers pour attirer des colons. La forêt de Tronçais, propriété des ducs de Bourbon, fut longtemps une forêt de chasse jalousement gardée.
Sous Colbert, ministre de Louis XIV, la forêt de Tronçais fut replantée en chênes sessiles entre 1670 et 1680 pour assurer l'approvisionnement en bois de marine de la flotte royale. Cette plantation, l'une des plus ambitieuses de l'histoire forestière française, donna naissance à la chênaie que nous admirons aujourd'hui. Les chênes de Tronçais, qui atteignent aujourd'hui 300 ans, sont parmi les plus beaux spécimens de chênes sessiles d'Europe.
La Révolution industrielle transforma profondément le Pays de Commentry. Les mines de charbon, exploitées depuis le XVIe siècle, connurent un essor considérable au XIXe siècle avec l'arrivée du chemin de fer. Les usines métallurgiques de Montluçon et de Commentry attirèrent une main-d'œuvre ouvrière nombreuse, faisant de ce territoire l'un des foyers du mouvement ouvrier français. La fermeture des mines au XXe siècle entraîna une reconversion difficile, dont les traces sont encore visibles dans le paysage industriel de Commentry.
Le Bocage Bourbonnais est ce pays discret où Colbert fit surgir de la forêt la plus belle chênaie d'Europe, où les mineurs de Commentry inventèrent le socialisme municipal français, où les haies de chênes et de charmes abritent encore une biodiversité que les siècles n'ont pas altérée — l'un des territoires les plus authentiques et les moins courus de la France profonde, entre la forêt de Tronçais et les bocages préservés du Massif central.