Entre Loire et Cher, la Sologne déploie ses forêts de pins sylvestres, ses milliers d'étangs et ses landes de bruyère sur plus de 500 000 hectares. Terre de chasse et de silence, immortalisée par Alain-Fournier dans Le Grand Meaulnes, elle est l'un des territoires les plus mystérieux et les plus préservés de France.
La Sologne s'étend sur environ 500 000 hectares entre la Loire au nord, le Cher au sud, le Loiret à l'ouest et le Cher et le Loir-et-Cher à l'est. Ce vaste territoire occupe une dépression argilo-sableuse dont les sols imperméables ont favorisé la formation de milliers d'étangs — on en compte plus de 3 000. Les forêts de pins sylvestres, introduits massivement au XIXe siècle lors du reboisement napoléonien, couvrent plus de 40 % du territoire aux côtés des chênes et des bouleaux.
Romorantin-Lanthenay, Lamotte-Beuvron, La Ferté-Saint-Aubin et Salbris sont les principales villes de Sologne. Le paysage solognot est celui du silence et de la brume : étangs miroitants à l'aube, landes de bruyère rose en été, forêts de pins où résonne le brame du cerf en automne. La faune y est exceptionnelle : cerfs, chevreuils, sangliers, faisans, perdrix, bécasses font de la Sologne l'un des premiers territoires cynégétiques de France. Orléans est à 30 kilomètres au nord, Blois à 40 kilomètres à l'ouest.
La Sologne fut, pendant des siècles, une terre pauvre et insalubre. Ses sols sableux et acides, ses eaux stagnantes et ses brumes automnales en faisaient un pays redouté, réputé pour ses fièvres paludéennes. Les Romains y établirent quelques villae, mais le territoire resta largement sous-peuplé et sous-exploité pendant tout le Moyen Âge. Les seigneurs locaux y établirent des étangs pour la pisciculture, transformant les zones marécageuses en réservoirs à poissons.
La Sologne fut une terre royale de chasse. François Ier, grand chasseur, y séjourna fréquemment et y fit construire le château de Chambord — chef-d'œuvre de la Renaissance française — comme pavillon de chasse au cœur de la forêt solognote. Henri II, Charles IX, Henri III et Henri IV perpétuèrent cette tradition royale de la chasse en Sologne. Les grandes forêts royales étaient jalousement gardées, et les braconniers sévèrement punis.
Le XIXe siècle transforma radicalement la Sologne. Napoléon III, fasciné par ce territoire, lança un vaste programme d'assainissement et de reboisement. Des milliers d'hectares de landes furent plantés en pins sylvestres, les marécages drainés, les routes construites, les voies ferrées tracées. Cette politique de mise en valeur transforma la Sologne en un territoire forestier et cynégétique de premier plan. Les grandes propriétés de chasse se multiplièrent, attirant l'aristocratie et la haute bourgeoisie parisienne.
La Sologne fut immortalisée par Alain-Fournier dans Le Grand Meaulnes (1913), roman dont les paysages mystérieux et mélancoliques s'inspirent directement des landes et des étangs de ce territoire. L'auteur, né à La Chapelle-d'Angillon en Sologne Berrichonne, en fit le décor d'une œuvre qui compte parmi les plus belles de la littérature française du XXe siècle. La Sologne est aussi le pays de Maurice Genevoix, dont les romans — Raboliot notamment — décrivent avec une précision et une tendresse incomparables la vie des braconniers et des paysans solognots.
La Sologne est un pays de silence, de nature et de chasse. Ses forêts de pins où résonne le brame du cerf en automne, ses étangs miroitants à l'aube, ses landes de bruyère rose en été, ses villages aux maisons de brique rouge et de silex composent des paysages d'une beauté mélancolique et envoûtante. C'est un territoire de chasseurs et de pêcheurs, où les traditions cynégétiques et halieutiques se transmettent de génération en génération.
La gastronomie de la Sologne est celle du gibier et du poisson d'étang : carpe à la solognote, brochet au beurre blanc, terrine de lièvre, faisan rôti, civet de chevreuil, tarte Tatin inventée à Lamotte-Beuvron accompagnent les vins de Cheverny et de Cour-Cheverny. La tarte Tatin, créée par les sœurs Tatin à l'Hôtel Tatin de Lamotte-Beuvron à la fin du XIXe siècle, est devenue l'un des desserts les plus célèbres de la cuisine française.
La Sologne est ce pays de silence et de mystère où Alain-Fournier plaça le domaine insaisissable du Grand Meaulnes — ses étangs miroitants à l'aube, ses forêts de pins où résonne le brame du cerf, ses landes de bruyère rose et ses châteaux surgissant de la brume composent un paysage envoûtant, l'un des plus beaux et des plus secrets de la France profonde, que Chambord couronne de sa silhouette de pierre et de rêve.