Aux confins du Berry et de la Sologne, le Pays Fort déploie ses bocages denses, ses étangs miroitants et ses forêts de chênes entre Loire et Sauldre — un territoire de transition où la vigne de Sancerre cède la place aux prairies d'élevage et aux bois giboyeux.
Le Pays Fort occupe la partie nord-est du département du Cher, entre la Loire au nord, la Sauldre à l'ouest et le Sancerrois à l'est. Son nom évoque une terre de relief plus marqué que la plaine berrichonne voisine — des collines boisées, des vallées encaissées, un bocage dense qui contraste avec l'ouverture de la Champagne Berrichonne. Les rivières Sauldre, Nère et leurs affluents découpent ce plateau en petits bassins verdoyants. Le paysage du Pays Fort est celui d'une mosaïque : prairies d'élevage bovin et ovin, cultures céréalières, forêts de chênes et de charmes, étangs de pisciculture. Les villages aux maisons de brique et de calcaire, coiffées de tuiles plates, s'égrènent le long des routes sinueuses. Aubigny-sur-Nère, La Chapelle-d'Angillon, Henrichemont et Léré sont les bourgs principaux de ce territoire discret et attachant.
Le Pays Fort fut, comme tout le Berry, habité par les Bituriges Cubi avant la conquête romaine. Les voies romaines traversaient ce territoire pour relier Avaricum (Bourges) aux villes de la Loire. Des villae gallo-romaines ont été retrouvées dans plusieurs communes, témoignant d'une agriculture prospère sous l'Empire. Au Moyen Âge, le Pays Fort était divisé entre plusieurs seigneuries relevant du comté de Berry. Les châteaux de La Chapelle-d'Angillon, de Blancafort et d'Aubigny-sur-Nère en étaient les points forts. Aubigny-sur-Nère connut une destinée particulière : en 1423, Charles VII en fit don à John Stuart, comte de Darnley, en récompense de l'aide écossaise lors de la guerre de Cent Ans. La ville devint une enclave écossaise en Berry, et les Stuart d'Aubigny y régnèrent pendant plus d'un siècle, apportant avec eux leur culture, leur architecture et leurs habitudes. Cette présence écossaise marqua profondément Aubigny : les armoiries de la ville portent encore les lions d'Écosse, et le château des Stuart, reconstruit au XVIe siècle, témoigne de cette alliance franco-écossaise qui fut l'une des plus durables de l'histoire diplomatique européenne. Béraud Stuart d'Aubigny, l'un des plus célèbres membres de cette famille, fut maréchal de France et l'un des meilleurs capitaines de Charles VIII et de Louis XII lors des guerres d'Italie. La Renaissance apporta au Pays Fort ses plus beaux châteaux : La Chapelle-d'Angillon, Blancafort, Maubranche. Le XVIIe siècle vit la fondation d'Henrichemont par Maximilien de Béthune, duc de Sully, qui rêvait d'y créer une ville nouvelle selon les principes de l'urbanisme humaniste. Ce projet ne fut que partiellement réalisé, mais Henrichemont conserve encore son plan en étoile et ses maisons à arcades.
Le Pays Fort est un pays de discrétion et de profondeur. Ses châteaux nichés dans les bois, ses étangs silencieux, ses villages aux noms chantants — Barlieu, Neuvy-Deux-Clochers, Sens-Beaujeu — composent un territoire que l'on découvre lentement, au fil des routes sinueuses. C'est le pays d'Alain-Fournier, dont le Grand Meaulnes a immortalisé les paysages mystérieux de la frontière Berry-Sologne. La gastronomie du Pays Fort est celle du bocage : le fromage de Chavignol (crottin de chèvre AOP), les vins de Sancerre et de Menetou-Salon qui poussent sur les coteaux calcaires, le gibier des forêts, les carpes et brochets des étangs. Les foires aux fromages de La Chapelle-d'Angillon et les marchés d'Aubigny perpétuent des traditions commerciales séculaires.
Le Pays Fort est cette terre de frontières et de passages où l'Écosse a laissé son empreinte sur le Berry, où Alain-Fournier a rêvé son domaine mystérieux, et où les forêts de chênes gardent encore le secret de châteaux endormis dans leurs douves.